Alors l'aîné prudent, le chef, Reydon le Vil,
Sourit :
"- Sire Bregand, ma pente naturelle
Étant de ne chercher à personne querelle,
Je vous salue, et dis : Soyez le bienvenu !
Je vous fais remarquer que ce pays est nu,
Rude, escarpé, désert, brutal, et que nous sommes
Dix soldats bien armés avec dix majordomes,
Ayant derrière nous cent coquins fort méchants ;
Et que, s'il nous plaisait, nous pourrions dans ces champs
Laisser de la charogne en pâture aux volées
De corbeaux que le soir chasse dans les vallées ;
Et, quand une vallée est à ce point rocheuse,
Elle peut devenir aux curieux fâcheuse.
Retournez sur vos pas, ne soyez pas trop lent,
Retournez."
"- Décidez mon cheval, dit Bregand ;
Car il a l'habitude étrange et ridicule
De ne pas m'obéir quand je veux qu'il recule." Eymerod, que l’on nomme le Second, n’était pas, à la naissance, destiné à régner. De son vrai nom Brégand, il était en effet le second fils du roi Larrante, dit « le Subtil ». Il fut éloigné très tôt de la cour de Lyoness et voyagea de manoirs en tournois, offrant de temps en temps sa lame à tel ou tel seigneur. Les histoires sont nombreuses sur le prince Bregand, chevalier errant et aventurier à la réputation sulfureuse : nombreuses sont les chansons qui content la manière dont il défit les coupe-jarrets du ravin d’Ernulla, et certaines mauvaises langues aiment à jaser quant à la manière dont la duchesse héritière de Taelrhud aurait été séduite et abandonnée…
Toujours est-il qu’à la mort prématurée de son frère Eymerod, le prince Brégand dut au plus vite regagner la cour, et assumer son rôle d’héritier de la couronne. La passation de pouvoir entre ses deux fils fut la dernière entreprise de Larrante, dont la santé avait fortement décliné au cours des dernières années : quelques mois après le vieux roi s’éteignait. Toute la noblesse retint son souffle en attendant de voir comment se débrouillerait le prince Bregand. Mais le temps de l’insouciance était passé pour ce dernier ; avec détermination, il s’attela à la tâche de maintenir l’unité du royaume. Un de ses premiers actes fut de changer son nom. En l’honneur de son frère, il serait désormais Eymerod le Second.
Trois ans se sont écoulés, et il semble que les craintes exprimées dans un premier temps au sujet du nouveau souverain se soient révélées infondées. Eymerod le Second a jusqu’à présent fait preuve d’un sens des réalités et d’un pragmatisme que l’on n’aurait jamais soupçonné chez le prince Bregand. Bien évidemment ce dernier fait un bien piètre diplomate en comparaison de son père, mais il est néanmoins parvenu à saisir les mécanismes qui régissent les jeux du pouvoir avec une vitesse impressionnante. On notera qu’il ne possède pour l’instant ni femme, ni héritier désigné.
Comme son père et son frère, Eymerod a la stature haute et la mâchoire carrée. Sa mère étant issue de la lignée royale de Solemnia, il possède aussi les yeux d’un bleu profond et la chevelure blonde que l’on retrouve si fréquemment chez les princes du royaume voisin. L’homme a probablement dans les trente-cinq ans, mais en paraît dix de plus ; sans doute est ce l’effet de sa barbe et de premières rides, fruits de nombreuses années passées sur les routes. Il parle peu, et garde en général un visage impassible. Tout dans ses gestes donne une impression de puissance et de gravité. Le fait qu’il porte plus fréquemment l’acier que le velours ne fait qu’accroître ce sentiment.
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Eymerod le Second, Roi de Lyoness et Exarque de Bjarnheim
Vassal, ton âme est neuve,
Je riais, je faisais une épreuve.
Sans m'arrêter et sans me reposer, je puis
Combattre quatre jours encore, et quatre nuits.