L'émissaire humain du Kal Saïtharak, pourtant disparu depuis plusieurs mois déjà, fut un jour à nouveau annoncé à la cour de Lyoness, avec ses robes écarlates et son crâne tatoué.
Il se présenta devant le roi local - où les tentures derrière son trône, si le roi local ne l'occupait pas *
- et, de son arrogant débit, commença:"Eymerod le Boiteux sans P...
Eymerod,"
Visiblement, l'émissaire avait pour consigne de conserver une attitude conciliante."Tu as quémandé auprès du grand et superbe Durbag Kal Saïtharak-ishi qu'il te reconnaisse la souveraineté sur les terres que vous, dans les plaines, appelez Hjarrsmark.
Ce que, dans sa magnificente générosité digne des Durbagulûk Bûrzum-ishi des Âges de l'Aube, le puissant et splendide Durbag Kal Saïtharak-ishi t'a accordé.
Désormais, Eymerod, tu as responsabilité sur ce qu'il advient en Hjarrsmark et sur ce qui pourrait en sortir et nuire aux intérêts de la Terre des Orcs à l'Epée.
Une fois déjà, le terrible et resplendissant Durbag Kal Saïtharak-ishi, dans un exceptionnel accès de miséricorde pour la débilité de ta race, a balayé d'un geste généreux de son impériale main, tes manquements aux clauses de la Seconde Trêve des Cinq, lorsque, moins de trois lunes après que tu te sois engagé à assumer la responsabilité de tes terres, plus de 500 de tes morts ont franchi la frontière de Hjarrsmark pour tenter de saccager le Kal Saïtharak.
Le très ténébreux et glorieux Durbag Kal Saïtharak-ishi ne tolérera pas d'autre manquement. Il se contrefiche des colporteurs et autres vendeurs de breloques humains, et de leurs déclarations. Cela ne le concerne pas, mais est l'affaire des trokeurs push'krra. Eymerod, fais respecter ta loi sur les terres dont tu as quémandé la reconnaissance, où tu seras tenu responsable de tout désordre qui pourrait les avoir pour origine et affecter les intérêts du Peuple des Ténèbres. Tu en subirais alors les conséquences."
Sur ces mots, l'ambassadeur, qui commençait à être agité de tremblements nerveux - sans doute sous le point de céder sous la tension nerveuse que provoquait en lui la nécessité de se montrer "conciliant" -, tourna les talons.
Mais il se retourna après quelques pas, s'adressant à nouveau au souverain de Lyoness: "Et puis, si tu es vraiment incapable de maintenir ta souveraineté sur ces terres, il te suffit de le demander en y mettant les formes... Le martial et mugnificent Durbag Kal Saïtharak-ishi s'en chargera pour toi."
* Des rumeurs tenaces au Kal Saïtharak voudraient en effet que le roi Eymerod serait atteint d'une étrange maladie humaine (qui est une autre preuve de l'infériorité inhérente à cette race faible), la
gore-à-faux-bi, qui lui interdirait de se trouver au milieu d'une foule, par exemple celle de ses courtisans.
En conséquence de cette maladie, qui frapperait certains humains après le traumatisme que constitue pour eux une bataille (ils sortent d'ailleurs rarement indemnes des batailles, ces humains!), les orcs tendent à penser que, lors des auditions publiques, Eymerod est contraint de se dissimuler derrière les tentures auxquelles s'adosse son trône, et de laisser parler à sa place un de ses représentants...
Ce à quoi les orcs qui ne se préoccupent guère de médecine ou de psychologie tendent souvent à répondre que c'est plutôt parce que ça lui permet d'arguer que les promesses de "ces types qui disent parler pour lui", ce ne sont pas les siennes.